OP1-2012
Ca commence à faire un petit moment que je n’avais pas alimenté le blog, les derniers temps ont pourtant été riches en évènements.
Il y a quelques semaines, un bateau de la Marine Nationale est venu sur secteur, ils ont essayé de débarquer à la cale mais avec des conditions de mer un peu agitée, ça a failli mal finir avec un Zodiac projeté dans les rochers, 4 hommes à la mer, finalement ils sont tous repartis en combinaison de survie, récupérés par un Zodiac éloigné de la cale (pour ne pas risquer de se faire emmener par une grosse déferlante comme le précédent). Heureusement, pas de blessés.
Avant l’OP, un marin s'est blessé gravement à la main (passée dans une poulie), 9h à l'hôpital dont 5h au bloc opératoire en tant qu'aide-anesthésiste. Pas une partie de plaisir, mais c'est assez gratifiant et enrichissant de vivre ces situations.
Ensuite l'OP (opération portuaire) avec service, ménage, vaisselle, dépotage, sécurité hélico et opérations de cale.
Nous avons du gérer par-dessus tout ça un problème sur une de nos manips, ce qui nous a contraint à rattraper tout le retard après l'OP.
Le patrouilleur des douanes Osiris est passé par Ams et a emmené avec lui 6 personnes de la base pour 12 jours sur Saint-Paul (mission de réfection de la cabane + état des lieux de la faune et de la flore). A 14 en ce moment sur base, nous sommes vraiment en comité restreint.
Pour cet hiver, nous serons 20 (jusqu’à mi-septembre). Les nouveaux venus se sont intégrés très rapidement, aucun souci à se faire de ce côté-là !
Sinon un bivouac annulé avec retour sur base immédiat pour cause d’alerte Tsunami ! Après Sumatra, on aurait pu être sur le chemin de la vague. Finalement, pas le moindre petite vaguelette, mais principe de précaution oblige, tout le monde sur base et le bloc opératoire paré.
Un petit tour à Del Cano demain, tant que le temps le permet. Dans la même optique, un film noir et blanc a été projeté en extérieur (12 Angry Men avec Henry Fonda), il faut profiter des derniers instants cléments.
Erwan
Des dindons, des bleus et des langoustes
Non non non, ce n’est pas le menu d’hier… quoi que. Plutôt celui de la semaine passée ! On commence avec du poisson pour un week-end de pêche (en tant qu’observateur) à Ribault, à une vingtaine de minutes de la base. Sport de pêche, cabane posée le long des falaises, barbecues,… Que du bonheur. Langoustes et thon grillés, carpaccio de dorades (« bleus »). Philou s’est fait arracher ou casser plusieurs hameçons, preuve de la force et de la vivacité de la bestiole.
A peine rentré sur base pour une douche, et direction la cabane Antonelli de l’autre côté par rapport à la base, pour prendre un peu d’avance sur le trajet du lendemain, direction le plateau des tourbières. Levé 4h du matin, petit-dèj et en route pour une prospection des nids d’albatros d’Amsterdam. Quelques heures de marche en raquettes sur la tourbe, pas mal de vent, quelques petites averses, mais une vue très dégagée. Et beaucoup de nids aperçus, l’alba posé dessus ressemblant alors à un dindon. Par contre en vol, c’est un planeur fou, gigantesque (3m50 d’envergure). A terre, la parade est également un spectacle, les 2 oiseaux se faisant face « debout », les ailes déployées, en poussant des cris le bec vers le haut. Une bien belle et fatigante journée, et un repos bien mérité.
Première pêche le lendemain avec Rico et Jipé (les 2 réus) comme instructeurs à la cale, et 9 bleus pour mon compte ! A côté de moi, Rico sort une fausse morue et des rouges à foison, plus d’énormes bleus. Pas la même expérience, après 7 missions ici…
Et enfin langoustes, avec une journée sur l’Austral (langoustier à Amsterdam et Saint-Paul). Visite du bateau, tri des langoustes, remontée des canots, découpe des cabots de fonds (énormes poissons d’une vingtaine de kilos), avant l’apéro dans la cabine de capitaine Yannis. Puis repas au carré des officiers (succulent) jusqu’à 16h. On est vraiment accueilli comme des rois sur l'Austral, tout le mode nous sourit, nous explique un peu ce qu'il fait, c'est vraiment des mecs en or. Retour un peu précipité car un des hivernants s’est planté un hameçon dans le doigt (et c’est pas des petits émoussés), direction l’hôpital de la base pour l’extraire.
A noter un apéro-bivouac organisé à la Chapelle, sur le thème du VATiCamp. Quelques grosses bourrasques et averses auront raison de notre sommeil, nous avons fini la nuit bien au chaud dans nos lits !
Si l'on y ajoute une plongée avec le contrôleur des pêches dans la barrière d'algues, avec les otaries et des effets de lumières splendides, plus le passage pour quelques heures du Marion Dufresne, une petite Marie, on obtient 10 jours bien chargés! Il faut bien sûr y ajouter le boulot et le tri des déchets des derniers gros chantiers. Donc aujourd’hui repos après toutes ces émotions, avant de bien ré-attaquer la semaine.
Erwan
Ohé du bateau !!!
Ca y est, les marins de l’Austral sont revenus ! Toujours un grand plaisir de les voir revenir, ça fait un peu de monde dans le secteur, et c’est des mecs supers. Malgré la mer déchainée, ils ont accosté avec le Zodiac pour descendre 2 de leurs blessés sur base, mais également des fruits frais pour nous ! Il y n’y a quasiment qu’eux qui arrivent à aborder dans ce genre de mer, la cale n’étant pas très longue et surtout pas du tout abritée. C’est un peu le souci sur Ams, pas de réel abri.
Et aussi d’un coup, surgi de nulle part, un catamaran avec 4 personnes à bord. Un Australien, une Allemande, un Américain et un Sud-Africain. Malheureusement, ils n’ont pas pu accoster, n’ayant pas d’annexe. Impossible de stationner le long de la cale, sauf à retrouver son bateau en pièce-détachée dans les rochers (ou SUR la cale). Dommage, ils sont arrivés un jour où la mer était calme, mais de toute façon le lendemain ça cartonnait bien.
Aujourd’hui c’était le Nivose, bateau de la Marine, qui était dans les parages, mais vu les conditions de mer personne n’a débarqué, ils sont resté à l’abri dans le Sud-Est de l’île, vers le Chaudron. Leur hélico est quand même venu pour livrer quelques trucs et faire un tour de souveraineté.
Quelques passages à la MAE avec ma première charge de mâle (ou comment être poursuivi sur cinquante mètres par un truc de 100kg qui ne reculera pas de toute façon, avec des belles dents, sur des cailloux), et dans quelques jours l’arrivée du Marion Dufresne pour « OP0 ». C’est une campagne océanographique, donc pas d’hélicoptère, pas de logistique, pas de courrier, juste un petit passage sur l’île si le temps le permet et la récupération de 2 personnes de la base.
En espérant que cette fois-ci ne poursuivra pas la série naissante des accostages annulés, au nombre de 17 l’an dernier !!!! Avec ce temps pourri, mon nombre d’heures en salle de sport explose, y a quelques échéances à préparer au retour, et c’est pas encore le moment de faire du gras pour l’hiver. Des formations médicales également avec mes premières prises de sang, analyses biologiques, préparation de bloc opératoire, préparation à l’anesthésie et radios.
Erwan
PS: la défaite 4-0 de Rennes ça n'a pas fait que du bien à l'ego, ça chambre ça chambre sur base...
Entrecasteaux numéro 2 – version humide
Rappel : en Bretagne il ne pleut que sur les cons.
Je sais pas si c’est pareil à Entrecasteaux. Du 8 au 13 février, me revoilà parti pour les colonies. Le transit aller avec encore plus de vent que la dernière fois, une véritable essoreuse. Pas de pluie, mais vu qu’on est dans les nuages, avec le vent ça cingle un peu le visage. Enfin ça se calme et ça se découvre quand on arrive à la salle à manger, avec la vue sur les roches ocres de Del Cano d’un côté et des falaises d’Entrecasteaux de l’autre. Une descente tranquillou par la via, arrivée vers 16h à la cabane.
Juste le temps pour remonter dans une colonie de gorfous guetter le retour d’individus portant une balise. Pendant tout ce séjour, plusieurs montées dans cette colonie mais aucune balise trouvée (sur 12). Heureusement, à chaque fois un bon repas avec du pain chaud maison nous attend, grâce à Monseigneur Pat’ (à Pain). Un grand merci à notre GP, aux petits soins 24/24 ! Dès le lendemain, il pleut, il bruine, ça se découvre à l’horizon quelques minutes le temps de faire espérer avant de se remettre à pleuvoir.
La manip principale consiste à mesurer et peser des gorfous sauteurs revenant de la mer et montant avant de muer. Premières conclusions : un gorfou ça peut être vif, surtout sur les rochers mouillés, essayez pourtant de vous déplacer en sautant à pieds joints, pas facile. Sinon vu sa petite taille, c’est super costaud ! L’œil rouge est toujours un peu perturbant, ceux qui reviennent pour muer ne sont pas les plus beaux. Après la mue, ils possèdent une couleur noire-bleue et des aigrettes jaunes très intenses. Le tout se passe sous le regard indifférent des otaries et un concerto en pup’s mineur.
Le dernier jour de manip, c’est prise de sang sur les poussins de bec jaunes. Les becs jaunes sont les albatros les plus répandus et les plus petits d’Amsterdam, très beaux en vols mais peu doués pour les atterrissages. La vie de leurs colonies est vraiment passionnante avec des prises de bec nombreuses, des décollages-atterrissages spectaculaires, des parades de reconnaissance élaborée, et bien sûr des poussins (de près de 4 kg actuellement !), boules de duvet blanc aux yeux et aux becs noirs, avec un prolongement au milieu de la tête façon Joker dans Batman.
C’est l’heure de la recette : le vomi de bec jaune. Prenez du calamar, des langoustes, du poisson, laissez mariner pendant quelques années, colorez le tout en orange. Pour accélérer les choses, vous pouvez rajouter du Beaujolais Nouveau premier prix et choper une bonne indigestion. L’odeur est vraiment infecte, quelques poussins vomissent dès qu’on les touche, partout sur les vêtements étanches (Flexo). Pas trop de soucis quant à leur santé, des nourrissages de près de 600g ont été observés, le tout en moins d’une minute 30. Essayez chez vous, ça fait un sacré challenge !
Le lendemain, transit retour, avec peu de vent mais pas mal de pluie. Et la remontée de la Via Ferrata qui s’effectue dans une cascade (qui porte bien son nom cette fois-ci, « La Grande Connasse »), trempés dès le début comme ça. Et on va pas dire que ça augmente particulièrement l’adhérence ! Quelques centimètres d’eau et de la boue bien liquide nous accompagneront tout le trajet retour. Content d’être en permanence en bottes.
Conclusion du séjour : il fait beau, il fait chaud, c’est la fête à la flexo !
Erwan
PS: bon courage à tous les français frigorifiés!
Chantier électrique à pointe B
Ce qui est génial ici, c’est qu’on se retrouve rapidement à toucher à tout. Très concernés par les travaux de pointe Bénédicte, nous avons été avec Boris et Manu (l’ingénieur très compétent chargé d’installer la manip mercure GMOStral) une aide régulière pour Aurélien, l’électricien de la base. Quasiment tous les jours au moins 3 personnes sur place, pour enlever l’ancienne installation, découper et fixer les nouvelles goulottes, tirer les câbles, relier les prises,… le tout en perturbant un minimum les appareils en place.
Pas facile, mais je crois qu’on s’en est plutôt bien tiré. Tout n’est pas encore terminé, il restera bien sûr une grosse coupure pour relier tous les nouveaux tableaux à l’alimentation de la base, mais Aurélien a super bien avancé et a assuré le minimum de coupure.
En parallèle de cela il faut bien sûr continuer à faire tourner les autres manips. D’ailleurs la nouvelle manip sur le mercure est fixée et les premiers tests ont démarré. Elle trône fièrement en haut d’un mât collé au bâtiment de pointe B pour la partie extérieure, dans la pièce « CO2 » pour la partie intérieure. Premières routines dans les jours à venir avant un véritable démarrage des mesures.
Pas de rando pendant ces dix derniers jours, si ce n’est des aller-retours incessants entre la base et pointe B, en bleu de travail.
La queue du cyclone Ethel nous a laissé tranquille, avec des vents forts mais sans plus. Une petite tempête bretonne tout au plus ! D’ailleurs, la pluviométrie ce mois-ci a été très forte (et concentrée sur quelques jours seulement), pas de soucis de réserve d’eau en vue, les bâches sont pleines (600m3).
Plusieurs passages d’orques après la tempête, en effet la barrière d’algue protégeant l’île se rapproche grandement quand la mer est forte. Le petit signal « Orques à la cale » présage d’un beau spectacle !
2 mois depuis le départ de Roissy, et des petites chaussettes vertes « Mam Coudig » comme cadeau familial pour le mois. Discret comme un éléphant de mer bientôt le gars.
Erwan
Chef de manip (mode héros polaire)
Avertissement : cet article est totalement dénué de modestie, de demi-mesure ou encore d'humilité. Pour toute réclamation, merci de contacter le 02 62 00 31 33 (1,20€ / min).
Parce que quand on pense Amsterdam, c'est pas vraiment « Terres Extrêmes », mais plutôt Club Med. J'invite donc à réaliser un transit vers Entrecasteaux (ou le pire, un aller-retour), chargé comme un mulet (25kg) avec une bonne prise au vent (sac de 80L). Ah oui, petit détail, 25 nœuds de vent sur base, donc entre 2 et 3 fois plus sur la crête à la Caldeira.
Le but était de relever une équipe de manipeurs (2 personnes) qui aidait l'ornitho à Entrecasteaux, et lui déposer une équipe de 3 personnes. Sachant qu'il faut être au moins 3 pour être hors base, il fallait obligatoirement une personne faisant l'aller-retour pour rentrer avec la première équipe. En plus notre toubib, Joelle, avait l'occasion (rare chez le médecin) de pouvoir aller à Entrecasteaux, mais sans réellement connaître son niveau physique. Donc pour parer à toute éventualité, me voilà en route avec mes affaires pour 4 jours, les siennes, l'eau et la nourriture pour le transit aller et retour, un baudrier pour la Via Ferrata, la VHF et la trousse de secours. Vent de ¾ face à la caldeira, tout claque, mais ça passe pas trop mal. Arrivé au pignon, le début de la descente vers la salle à manger, à 5m du bord de la falaise, le vent venant de l'arrière et poussant vers les falaises, je commence à partir et suis contraint de me plaquer à plat ventre pour éviter la descente infernale. Le reste de la descente est beaucoup plus abrité et ne pose pas de problème. On récupère bien l'autre équipe pour un repas commun, avant de repartir en sens inverse. Remontée et toujours vers le sommet ce couloir de vent (de face cette fois bien sûr), je suis obligé de ramper sur les 50 derniers mètres pour passer, tandis qu'en me retournant je vois Chloé partir en arrière, se raccrocher à Daniel et finir la montée cramponnée.
Ambiance ambiance ! Le reste du trajet avec le vent de côté et légèrement arrière se déroule très bien, même si à force la machine à laver géante finit par m'enrhumer un peu le neurone. Toujours marrant de voir les masses d'air (avec l'humidité on fait tout le trajet au-dessus de 650m d'altitude dans les nuages) passer à une vitesse folle et disparaître en moins de 5 secondes.
Très content de ma première en tant que chef de manip, tous les marcheurs ont été constants, très groupés, sympas,.... Fier d’avoir déposé Joëlle (et les autres) dans les meilleures conditions pour la descente vers Entrecasteaux et que la première équipe soit bien rentrée sur base. 10h de trajet en tout, donc 5 environ en plein vent.
Fin du mode « héros polaire ».
Bon sinon le passage d'une queue de cyclone est annoncé pour la nuit de lundi 23 et de mardi 24. Cloués sur base pour raisons de sécurité (en même temps les manips sont interdites en l'absence du médecin sur base). On verra bien si le cyclone accroche bien l'île ou l'évite comme un nuage radioactif ukrainien avec la France...
Erwan
PS : Lolo va bien, il s'excuse de ne pas mettre à jour son blog, et décide de profiter du mien pour faire coucou à sa maman ! On s'occupe bien de lui, il oeuvre pour la convivialité, l’entente et les conditions de travail de tout le monde.
OP4
OP ? Opération Portuaire. A l'inverse d'une campagne océanographique, une OP est une rotation du Marion Dufresne à but logistique. Dépose/récupération de personnel et de matériel sur les îles. Un moment maudit par les hivernants. D'ailleurs le Marion, bien qu'apprécié pour ses dépôts de courrier et de nourriture, signifie toujours le départ de quelqu'un. Lors de cette rotation, ce sont nos prédécesseurs « VAT » ainsi que 2 personnes de la réserve naturelle qui sont partis. 7 personnes qui s'en vont d'un coup, toutes extrêmement liées à l'île, son mode de vie et aux militaires hivernants qu'ils ont côtoyés 3 mois. Un départ très difficile et émouvant après 13 mois d'isolement. Pas du tout hâte de me retrouver dans cette situation.
Les jours précédents, nous avons tout mis en œuvre pour leur faire profiter des derniers instants, sans trop penser au départ. Soirées, jeux et autres traditions précédant un départ. D'excellents moments pour lesquels je souhaite une nouvelle fois les remercier, en espérant avoir bien repris le flambeau. Contrairement à ce que beaucoup pensent en métropole, il y a énormément de choses à faire sur ce caillou. Au moins de quoi s'occuper un an sans s'ennuyer !
Cette OP était très courte, le Marion est arrivé Vendredi 13 (quand on vous dit que c'est un oiseau de malheur!) à 14h, et est reparti le lendemain vers 17h. Mon rôle le vendredi était d'aider à la manœuvre de « portière », au niveau de la cale. Portière ?????? Une sorte de barge formé de boudins pneumatiques avec un pont en bois au-dessus. Lorsque la mer le permet (il n'y a pas d'abris ou de port sur l'île), le transport du matériel de plus de 800kg est assuré par ce moyen. Une vedette tire la portière avec son contenu vers la cale, la positionne le long de la cale, une amarre arrière est jetée et récupéré par un treuil ou un tracteur. En jouant sur la tension des amarres avant (tiré en mer par la vedette) et arrière (tiré vers la terre par un tracteur), il est possible de positionner la portière le long de la cale pour assurer son chargement ou son déchargement par une grue mobile.
Mon rôle était de dégager la cale des otaries pour permettre la manœuvre, attraper et fixer l'amarre arrière, assurer le recul du tracteur (veiller sur les otaries et les écarter du chemin), puis au moment du départ de la portière de décrocher l'amarre.
Après cela, l'essentiel de l'activité a été liée au service et au nettoyage à la salle de restauration. Monsieur le Préfet et sa femme était présents sur cette rotation, ainsi que le directeur de la réserve naturelle. Repas gastronomique pour 60 personnes dans une salle habituée à ne recevoir que 25 têtes, un bon coup de boost à gérer. La même chose le lendemain matin et midi, puis direction la DZ pour profiter des derniers instants avec les partants avant la montée fatidique dans l'hélicoptère. Le départ en hélico est cruel, il ne laisse pas le temps de se rendre compte des choses, en 5 minutes les gens passent de la base au Marion, avant de disparaître complètement de notre champ de vision une demi-heure plus tard. La dernière com' avec les hivernants depuis le Marion et l'échange des coups de sirène sont les derniers contacts directs.
Lors de cette OP, nous avons tout de même eu une bonne nouvelle, avec l'arrivée de Manu pour installer notre manip mercure (GMOStral). Et une petite surprise, avec l'arrivée de l'accusé-réception de ma résiliation de forfait téléphonique... Je pensais quand même pas qu'ils allaient l'envoyer ici !! L'installation dans ma nouvelle chambre également, vue sur mer, salle de bain spacieuse, bureau face à l'océan et grande armoire en bois, tout pour être heureux.
Prochaine OP en Avril, si jamais vous avez des gâteaux, du chocolat, des bonbons ou autres, pensez à nous les envoyer !!!
Erwan
L’esprit de la Petite Marie
Sur base, chacun possède des responsabilités vis-à-vis de la sécurité, du rangement… et des tâches communes. Etant donné le nombre d’hivernants, il n’y a bien sûr pas de « femmes de ménage ». Ce rôle tourne donc tous les jours, c’est ce que l’on appelle une « petite Marie ». La petite Marie est chargée de l’entretien de la pièce commune, le Skua, où sont servis les repas, du service et de la vaisselle.
Entrée en scène à 9h, pour débarrasser le petit-déjeuner, faire la vaisselle et laver le sol. Juste le temps de sécher avant de mettre la table et de servir les repas. Vaisselle du repas avant d’être libéré pour l’après-midi. Ici tout le monde donne un sérieux coup de main pour servir et ramener les plats, ainsi que débarrasser les tables. Au final, la petite Marie ne fait qu’une part de service et la vaisselle à chaque repas, dans une bonne ambiance.
La petite Marie possède un avantage de taille durant sa journée de service, à savoir de mettre la musique de son choix pendant toute la journée au Skua. Une bonne manière de changer la musique chaque journée plutôt que de tourner avec une Playlist fermée !
Ma première s’est déroulée un week-end, avec peu de monde au repas (une grosse dizaine de personnes) et une soirée crêpes, pas de quoi courir dans tous les sens !
Quant au choix du nom, je ne sais pas même si un brin de machisme transpire de ce terme. je ne sais pas si ça date de longtemps ou si la chanson de Cabrel y est pour quelque chose. A noter qu’à Kerguelen, les hivernants ont une dotation « Petite Marie » comprenant un tablier et une sorte de petite jupette…
Par opposition, le nettoyage du bâtiment scientifique (Géophy) a pour doux nom « La grosse Bertha ».
En espérant avoir éclairé les esprits hygiénistes
Erwan
Réveillon à Entrecasteaux
Bonne année 2012 à tous,
malheureusement je ne peux pas mettre de photos en ligne, si vous en voulez je peux les envoyer par mail. Mon adresse: ecoz@amsterdam.ipev.fr
Le trajet vers Entrecasteaux s’est déroulé sous le soleil, départ 7h20 de la base pour un rendez-vous à 12h00 à la « salle à manger ». Salle à manger ???? Ben oui, c’est le seul endroit abrité du vent avant la descente des falaises. Un bon moment donc pour souffler après une montée épuisante, ou pour prendre des forces avant une descente chaotique.
Avant cela, passage à la Caldeira (cratère de l’ancien volcan), puis dans les tourbières et les mousses (enfin sur les caillebotis installés pour ne pas trop endommager la végétation, et ne pas trop s’enfoncer aussi). Vu que nous avions largement le temps, nous avons pas mal profité du soleil pour faire des petites pauses dans des endroits assez sympas. Pas un pet de vent, plutôt confortable tout ça.
Descente des falaises pour relever une manip de 4 jours, alternance de mains courantes (genre on se tient bien par les bras et toboggan géant) et de via ferrata (y a pas à dire, c’est un peu lent et fastidieux la Via, à toujours se réassurer tous les 10m…). Arrivé en bas, il reste encore une bonne partie de rando, notre guide ayant égaré le chemin (il est tout nouveau), on se retrouve dans des scirpes de plus d’1m50, impossible de savoir où on met les pieds. Pas grave, les chutes sont super amorties (impossible de passer à travers un matelas de scirpes). En s’approchant de la cabane (Le refuge des becs jaunes), on doit traverser une zone avec accès direct à la mer, donc plein d’otaries et de gorfous. Pas facile les otaries cachées dans les touffes d’herbes. Au final, environ 10h de transit. Et enfin, le refuge. Une cabane confortable, 2 lits superposés (donc 4 couchages en tout), une table avec des bancs, un coin cuisine avec évier et gazinière, une petite terrasse, et une seconde cabane pour les stocks « souris-proof et rat-proof ». Le doux nom de cette seconde cabane étant « Tonku »… Quant aux produits conditionnés en plastique (donc attaquables par les rongeurs), ils sont stockés à l’extérieur dans des touques étanches épaisses.
Une première nuit un peu difficile, pas très bien dormi… Réveil à 6h pour passer dans une colonie de gorfous, essayer de trouver une balise GPS que l’ornitho pense avoir placé sur un mauvais individu. En effet, c’est la période de mue des gorfous, ils font donc beaucoup de gras (des pêches très longues en mer) avant de rester à terre plusieurs semaines/mois pour muer, sans se nourrir. Le but étant de connaitre les trajets pour se nourrir, il faut surtout éviter d’équiper les individus commençant leur mue. C’est également la raison pour laquelle les gorfous étaient très stressés, nous avons essayé de les déranger le moins possible pour ne pas qu’ils perdent de force pendant le jeûne. Pas trouvé de balises GPS, peut-être qu’il restait au gorfou équipé une dernière pêche avant la mue…
A 10h, montée dans une colonie d’albatros fuligineux (des albatros gris), qui vivent assez isolés dans les colonies les plus en hauteur. Ascension des parois végétales de la falaise, jusqu’au 2/3 environ (400-500m d’altitude), avec des passages vraiment limites, mais ça passait. Le but étant de faire des analyses bactériologiques, capture d’individus adultes (par l’ornitho), qui me les calait dans les bras par la suite pour effectuer des prises de sang au niveau de la patte et des prélèvements de salive et de déjection. Heureusement les adultes c’est moins craintif donc ça ne te chie pas dessus. Onze oiseaux analysés (objectif de la journée : 10), un point de vue unique sur toute la falaise, les nids d’albatros à becs jaunes à quelques centimètres parfois (ils sont moins craintifs que les fuligineux), des bébètes de près de 2m50 d’envergure en vol dans les bras, de l’escalade un peu engagée, c’était vraiment le top absolu (et un ornitho sympa, qui explique pleins de trucs et est marrant).
Le lendemain (31) rebelote mais toute la journée sur les fuligineux, dans une colonie un peu moins haute mais qui niche vraiment sur des mini-surplombs en pleine paroi. 19 prélèvements à effectuer, une bonne journée (9h-19h) harassante mais une nouvelle fois magique. Quelques photos cette fois-ci, des prises de sang en pleine paroi assis sur quelques centimètres carrés de replat, une bonne complicité avec l’ornitho, et le réveillon qui se profile.
Repas : foie gras, pain d’épices et Cadillac. Quelques gâteaux au caramel (de la Manche…) et le tour était joué ! Gainsbourg en fond sonore, et pas mal de conneries à raconter. On a pu souhaiter la bonne année à la base par VHF et aux marins de l’Austral, ça avait l’air assez agité leur réveillon !
Le dernier jour, hélas il faut rentrer. Le temps était correct le matin, mais une dégradation était attendue. La remontée de la falaise par les mains courantes était vraiment épuisante, il y a très peu d’endroits pour poser les pieds alors c’est vraiment physique. Arrivé en haut, bien mérité notre petite pause repas. La brume avance, et dès le redémarrage on se retrouve dans le vent et la pluie (plus le froid, on est alors à plus de 700m d’altitude). La traversée sur les caillebotis était déjà sportive (difficile de rester sur le chemin, quelques beaux écarts pour certains), mais en arrivant à la Caldeira là ça cartonnait sévère. Des rafales à te mettre par terre, en marchant le long d’une crête, une visibilité à 10m avec de la pluie à l’horizontale qui cingle le visage. Tout entièrement trempé (même les chaussures étanches ont leur limite face à des heures de pluie intenses, d’où le choix des bottes pour les habitués, même si ce n’est pas top pour la marche au début), pas super chaud.
L'hivernage commence!!!
Erwan
Rappel: pour des photos, demander à ecoz@amsterdam.ipev.fr
Joyeux Noël et bonne année
Arrivé sur base après une vingtaine de jours sur le Marion Dufresne. Le voyage en soi est déjà une aventure passionnante, où alternent les sentiments d'attente (envie d'enfin arriver lorsque les hivernants des îles précédentes partent) et le bonheur de la vie propre du Marion. Nourriture excellente, pas une terre en vue pendant des jours, les oiseaux, la lumière, les relations qui se nouent très rapidement dans ce milieu quasi-fermé, les parties de volley dans les cales ou de baby-foot dans la houle.
Je détaillerai plus tard les différentes escales à Crozet et aux Kerguelen où nous avons pu approcher les colonies de manchots royaux (Crozet), de manchots papous (Kerguelen) et d'éléphants de mer (sans les mâles adultes alors en mer).
Les paysages lunaires de Crozet, les sommets enneigés de Ker, avec l'arrivée près du glacier Ampère au petit matin ont été des moments magiques.
Débarqué à Amsterdam, nous voilà enfin sur notre terre d'hivernage. Dès l'arrivée, tout le monde s'active pour aider à réceptionner et dépoter tous les produits frais. 2 jours plus tard, les opérations logistiques terminées, nous avons pu visiter un peu l'Est de la base (bois de Phylica et BMG) ainsi que l'Ouest (pointe Bénédicte et le refuge Antonelli). Une constante : la végétation très fournie, constituée essentiellement de scirpes et l’absence de zones plates.
La passation de consigne est en cours, les ornithos ayant besoin de 'manipeurs' le 24 décembre pour étudier les skuas (oiseaux charognards assez agressifs mais que je trouve très beaux, surtout en vol) et leur impact potentiel sur la transmission de maladie d'une colonie d'albatros à l'autre. J'ai ainsi pu découvrir le plateau des tourbières où l'on marche en raquettes, afin d'effectuer des prises de sang sur des skuas adultes et sur des poussins. C'est assez particulier de tenir un poussin (déjà en plumes) dans ses mains, un joli cadeau de noël. A noter qu'ils se remettent très bien de cette petite 'épreuve', dès qu'ils sont relâchés vers leurs parents (qui harcèlent les manipeurs sans cesse en leur criant dessus à 50cm ou en volant à une dizaine de centimètres de leur crâne), ils retrouvent leur petite vie tranquille.
Je n'arrive pas à mettre de photos pour le moment à cause de la lenteur de la connexion. J'essayerai d'enrichir la partie visuelle assez rapidement.
Noël sur base a été fort sympathique, bien que tout le monde soit épuisé de sa journée (environ 15 personnes hors base cette journée). Chaque hivernant faisait un cadeau anonyme qui était attribué par tirage au sort. J'ai ainsi reçu une petite peluche en forme de chat cousue main.
Niveau travail, j'ai pu commencer à voir mes manips sur la mesure du DMS (produit souffré émis par le phytoplancton) qui est assez longue, et le changement de filtres à particules (à mi hauteur environ d'un mât de 20m). Avec le vent et la hauteur, le changement de filtres sur une échelle est assez sport, mais bien assuré.
Du 29 décembre au 1er Janvier je serais à Entrecasteaux (les plus belles falaises des Terres Australes), où nichent albatros à bec jaunes et autres gorfous. Un super réveillon en perspective, bien que tout produit aviaire soit très contrôlé (pour éviter la transmission de maladies aux colonies d'albatros). Je souhaite donc d'ores et déjà un bon réveillon et une bonne années à tous.
Erwan

